Boulimie, Hyperphagie, Appelez-cela comme vous le voudrez.

Une absurdité sans nom et sans compréhension.
J'avance oui, j'avance petit à petit, parce que j'ai envie d'avoir ma vie entre mes mains et de ne pas la sacrifier pour la maladie. Mais la rentrée se fait dure et quels que soient les efforts que je fais, j'en arrive toujours au même stade, celui de la crise. Une crise, qu'est-ce ?
Tout d'abord, il y a la volonté de vivre normalement. Je suis avec des amis, tout se passe bien, je suis là à égalité avec les autres, considérée comme moi et non comme une simple boulimique. Puis sans que je sache pourquoi, surgit d'un seul coup un sentiment pénible, très pénible. Je me sens trembloter de l'intérieur et sens mon estomac se resserrer. En un rien de temps, ce noeud remonte jusqu'à ma gorge. Ca y est, j'angoisse. Je le sens, ce vide, ce vide contre lequel je décide d'abord de lutter. Je résiste, continue, comme si de rien n'était. Cependant je deviens irritiable, lunatisme oblige. Je suis d'une instabilité émotionnelle totalement déroutante, et j'en ai conscience. D'une heure à l'autre, je peux passer du stade de suicidaire à celui d'heureuse. En ne mentant dans aucun des deux cas. Ca y est, je le sens, c'est trop fort, il faut que je parte, il faut que je me remplisse, il faut à tout prix que je compense ce vide atroce qui grandit, qui grandit, et qui me hurle son besoin de nourriture. Je me dois de partir, il le faut, je ne tiendrai pas sinon, je sens la crise d'angoisse arriver.
Alors je rentre, je dérobe ce qu'il y a de crisable dans la cuisine, si c'est juste après les courses, d'abord des choses que j'aime, s'il n'y a rien, tant pis, farine, lait, mélangés, ca fera une pâte consistante, et ça fera l'affaire. Du pain, une tablette de chocolat blanc immonde, des minigateaux premier prix au goût vomitif, tout est bon pour y passer pourvu que le vide soit rempli au plus vite. Si par malheur quelqu'un se trouve dans la cuisine au moment où j'ai besoin de ma crise, je peux devenir folle, réellement folle. J'emmène le tout dans ma chambre et commence la séance de remplissage. Je ne sens pas le goût, je bouffe, je m'empiffre, vite, plus vite, le vide est là, allez, plus vite, plus vite, plus vite. L'angoisse est là, je sais que très vite je vais me trouver d'un mal atroce, mais je soulage mon angoisse momentanément par le biais de la nourriture.
Je mange jusqu'à n'en plus pouvoir. Ca y est, c'est fini. Je réalise, oui, je réalise que j'ai crisé. Avant la crise, j'essayais de me souvenir combien je serais mal après, mais rien n'y faisait. Maintenant, ça y est, je me souviens. Cette impression de mort subite. Cette envie d'anéantir ma personne entière. Cette culpabilité atroce. Cette prise de conscience du poids qui va encore être pris. Cette envie de partir le plus loin possible, de ne jamais, plus jamais revivre ça. Ce sentiment d'être stone.
Si je le peux, je me vide en partie, vomissant une partie de l'ingurgité. Les vaisseaux des yeux explosés, la texture de la peau qui change, les joues qui gonflent. Je me lave, je suis trop sale. Je sors toujours aussi sale mentalement. Je me répugne, pourtant, je croyais être mieux dans ma peau, je croyais avoir compris que je valais quelque chose, moi aussi, que je comptais pour des gens.
Autrement je ne vomirai pas, gardant en moi ce poids immense de douleur.
C'est alors que je m'interroge à nouveau. Moi qui croyais avoir évolué et compris les causes de la maladie, compris que je ne devais plus me détruire, compris que j'avais moi aussi un certain nombre de qualités en complément de mes défauts, moi qui croyais être en cure d'acceptation de moi, moi qui croyais avoir pris confiance en moi, ne serait-ce qu'un peu, moi qui croyais que tous mes progrès et mes efforts m'auraient amené loin de cet enfer. Mais quand tout cela touchera-t-il à sa fin ? Comment faire ?
Quel événement de ma vie a-t-il filé entre mes mains sans même que je n'aie le temps de m'en souvenir, et m'aurait traumatisé au point de hanter mon présent et ma vie depuis des mois et des mois ?
Me laisser aller à la crise, puis chercher à comprendre l'angoisse qu'elle a servi à rassurer, puis m'auto-consoler, me rappeler que c'est long, que c'est normal, que ça prend du temps, de se sortir de tout ça, me focaliser plutôt sur les progrès commis, reprendre le dessus.
Chercher à comprendre mais refuser d'accepter, refuser d'accepter ce statut de boulimique ambiante qui pourtant a tout remis en oeuvre dans sa vie pour vivre celle-ci à pleines dents.
"Vous n'avez pas de vie parce que vous êtes boulimique ? Non, vous êtes boulimique, parce que vous n'avez pas de vie". (Les Toxicos de la Bouffe). J'en ai une, moi, de vie. J'ai des amis extraordinaires, je sors, je souris, je fais du violon, j'aime savourer tous ces instants de bonheur. Pourquoi la boulimie vient-elle constamment noircir ces agréments ? Pourquoi à travers les crises je fais ressortir toute la violence et la haine que j'ai vus et ingérés puis retourne contre moi, alors que je sais que je ne suis pas fautive et que je suis en âge d'en finir avec tout ça ?
J'aimerais tant comprendre, tant pouvoir en finir.
Je crisais quand je ne mangeais rien, en compensation, c'est normal.
Mais désormais je mange très bien, très équilibré, chacun de mes repas, je mange assez, et les crises, pourtant, persistent...
# Posté le vendredi 12 septembre 2008 05:59

Je vais bien. Je vis pour la première fois.

Vomissements
Laxatifs
Destruction
Crises
Mixtures inmangeables
Tête basse
Dépression
Pleurs
Envie de rien
Vide
Crises
Dépression
Enfermement
Solitude
Plus de vie
Vomissements
Anorexie
Incapacité à manger
Obsession
Perte d'amis
Perte de passion
Plus de vie
Obsession
Perte de poids
Crises
Prise de poids




J'ai simplement décidé d'arrêter le massacre,
et d'harmoniser pour la première fois corps et âme.
je vais bien, très bien, et je veux que ça dure.
Compulsions et restrictions sont toujours de ma vie, mais je les anéantirai avec le temps.
Je garde le sourire et j'avance, sans chercher à connaître le chiffre de la balance.
# Posté le mercredi 25 juin 2008 19:40

x

"MessagePosté le: Dim Juin 22, 2008 10:27 am Sujet du message: Répondre en citant Editer/Supprimer ce message
Hier, déclic dans ma vie.
Je vais bien, très très bien. Je ne me suis jamais sentie aussi bien en quatorze mois. J'ai eu les réponses à mes questions. J'ai trouvé la voie de la guérison, cette fois c'est affirmatif. Je ne me voile pas la face quant aux rechutes et aux difficultés, mais pour la première fois je ne suis plus Passive quant aux TCA, je passe à l'actif, et j'y crois de tout mon coeur.
Marion362 y est pour beaucoup. Merci, vraiment merci.
Hier soir, j'ai vécu, je suis sortie avec des amis, j'ai ri comme je n'avais plus ri depuis dix-sept mois, j'ai rendu mes amis heureux de me voir ainsi.
Je me suis entendue dire des phrases non réfléchies devant lesquelles je suis restée moi-même stupéfaite, comme "Je vaux pas moins qu'une autre", "Les moments sans-amis du collège sont révolus, aujourd'hui il y a vraiment des gens qui m'aiment et j'en ai conscience", "les poufs qui me déstabilisaient n'ont rien sous l'artifice d'un look provoquant et d'un regard hautain, mais sous leur carapace dans laquelle elles pensent paraître intouchables se cache une faiblesse, or être zfaible est humain, elles ne l'affirment pas, je n'arrêterai pas ma vie pour elles", et tant d'autres choses encore...
Je cherchais désespérément "une cause enfouie", j'avais l'impression de passer à côté de "LA cause", je cherchais l'inaccessible, or les causes étaient sous mes yeux. Je les ai comprises.
Ce qui me fait souffrir au niveau familial ne changera jamais, autant prendre du recul. Je ne suis pas responsable de ces problèmes, ce n'est pas moi qu'il faut détruire, cela n'avancera à rien et n'arrangera pas la situation.
Enfin, mon corps. Ce corps que j'ai détesté dès mon plus jeune âge, que j'ai détruit par tous les moyens. Ce corps que j'ai cherché à faire disparaître. Mais l'illusion ne sert à rien, mon corps sera toujours mon corps. Deux options s'ouvrent à moi, soit je continue à jouer avec, à la fatiguer mon corps et à le détruire, et à me détruire, soit j'essaie de faire en sorte de pouvoir vivre avec lui. Le corps anorexique mince que je voulais ne correspond pas à la réalité. Parce qu'il est vide de nourriture et qu'on ne peut pas vivre sans manger, et qu'aussitôt que la personne va remanger le corps sera transformé aussi. Il y a trois jours, j'aurais trouvé les filles maigres magnifiques et "idéales". Hier dans la rue je les ai regardées, et j'ai réalisé que la beauté d'un corps ne correspondait pas à des os. Tout ce que je dis est bateau, c'étaient des choses dont j'avais conscience avant, mais des choses par-dessus lesquelles les TCA dépassaient "ma raison". Maintenant j'y crois réellement. Je veux avoir un corps normal, avec une apparence assez mince, autour d'un IMC de 19.5, quelque chose comme cela, mais plus en me détruisant. Je me suis inscrite en salle de sport pour me canalyser, et bon sang ce que ça peut faire du bien !
Tout ça pour vous dire chers amis tout d'abord un Merci immense, parce que vous m'avez soutenue, et ensuite pour vous dire de ne jamais perdre espoir, vous vous levez un matin, et votre vie entière a changé.
Je continuerai à poster sur le forum, d'abord pour les autres, et ensuite pour vous donner des nouvelles de mes TCA et de leur évolution si ça vous intéresse "

Comme prévu, avec cinq jours dans cet état d'esprit, des difficultés d'ordre alimentaire rencontrent mon chemin. Rien que je n'aie pas prévu, on ne guérit pas d'un jour à l'autre. Compulsions aujourd'hui. Ce que j'entends par compulsion ? Une sorte de crise, mais qui m'apporte du plaisir. Même si c'est incontrôlé, je m'efforce de la vivre au mieux. Je sais qu'il y en aura d'autres, tout comme des moments où l'appétit ne viendra pas, mais tout ça n'est plus rien face à mon nouvel état d'esprit. OUi, j'ai trop mangé, oui, demain je pèserai plus lourd. Mais tout d'abord, je ne monterai pas sur la balance, quel intérêt si ce n'est celui de vouloir me faire du mal ?, ensuite, je rattraperai cet écart en mangeant léger, comme n'importe quelle personne "normale". Je n'ai pas vomi, je n'ai pas laxativisé, je garde, pour le plaisir du goût et pour le processus de paix avec mon corps.
Je dois aller mollo sur le sport aussi, parce que j'ai la cheville dans un état lamentable -_-'.
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# Posté le mercredi 25 juin 2008 18:53

Hannah 1 Mia 0.

Bien motivée à reprendre le dessus sur la boulimie et à la surpasser...
Trouver d'autres manières de compenser un manque.
Le violon, la photo, le dessin, sortir, marcher, lire, téléphoner... y'a tant de choses meilleures à faire que de se détruire en se remplissant le bide puis de penser agoniser tant la douleur du remplissage peut-être présente, la souffrance qui vient après, le statut de loque humaine...
Décidée à en finir avec tout ça...
# Posté le mercredi 02 avril 2008 06:51

Qui, que suis-je ? Plus rien. Ma seule identité : Boulimique.

Chaque jour qui passe m'affaiblit un peu plus. Non pas extérieurement, hormis avec cette prise de poids des jours boulimiques qui est affreusement rapide ; mais mentalement.
Vivre avec la douleur d'une voix oppressante qui te ferait te frapper pour un yaourt, et cinq jours après manger pour plus de calories que tout ce que tu consommes en temps normal en une semaine ; prendre cinq kilos en trois jours, normal...
Je ne tiens plus. Je me bats, pour elle*, par admiration envers son courage ; et grâce au soutien qu'"ils" m'apportent derrière mon ordinateur... pour mes proches ; mais je ne me bats pas pour moi...
Je ne suis plus rien, plus rien qu'une fille qui pense "nourriture maigrir calories" jour et nuit, sans interruption ; une fille exténuée, qui porte le poids du monde sur ses épaules ; une fille écoeurée par son lycée, l'ambiance malsaine et fausse, l'hypocrisie, les moutons, tous ces gens, ces ados. J'suis pathétique, je n'assume pas ma différence, mais je n'ai plus la force d'essayer de me transformer en mouton ; alors je m'écarte. Je m'écarte de toutes ces conversations qui sont partout les mêmes ; les mêmes que les miennes aussi ; et je me dégoûte d'appartenir à une société où tout fonctionne par le faux.
Ce matin dans mon lit je ne voulais pas me lever, je savais que je n'aurais pas dû. J'ai entendu "je ne mangerai rien, il faut rattraper les deux kilos pris en une journée". Puis la voix de l'autre perverse "allez, une galette de riz, 28 calories pour tenir le coup". Et bam, manger une chose en entraîne une autre.
"Incapable".
Ce duel permanent entre Ana et Mia, qui m'horripile.
Cette mode en plus qui croît, de se faire passer pour une anorexique ou une boulimique, sérieux si ça vous tente j'vous donne mes TCA, moi j'm'en débarasserais volontiers !
Je n'arrive plus à avoir envie d'avancer, traverser le lycée me paraît affreusement fatiguant, je suis lasse, je suis molle, je suis une loque, une loque sans ambition et sans rêve.
Tellement effrayée par le regard des autres que pour décompresser j'arrive, et oui, je craque.
Je me sens vide, vide de talent, vide d'intérêt, vide de beauté, vide d'intelligence, alors je me remplis, je me remplis pour compenser un manque, je bouffe, je bouffe pour oublier, oui, oublier ces insultes, oublier ces regards, oublier cette jalousie envers leurs corps si joliment sculptés alors qu'ils peuvent se faire plaisir sans se faire torturer mentalement, je bouffe, je bouffe pour oublier la souffrance que j'inflige à ceux qui savent, je bouffe pour oublier mon regret d'avoir officialisé ces troubles, d'avoir ainsi fait du mal à des gens qui se sentent impuissants, je bouffe, je bouffe pour oublier que le peu que j'avais construit s'est détruit, je bouffe, je bouffe pour me faire mal, pour sentir mon ventre être prêt à exploser, pliée en deux, je pense à ce corps qui me poursuit depuis ma plus lointaine enfance avec sa réputation, j'ai mal, j'y pense, je ressasse, incapable d'oublier, de tourner la page, honteuse, j'ai mal, alors je bouffe, tout ce qui me tombe sous la main, je ne mâche pas, j'engloutis, j'engloutis des morceaux énormes, je trempe ce que je trouve dans n'importe quoi, pain au ketchup mélangé à lait brûlant dans lequel baignent des miettes de gâteaux ; le nutella se fait descendre en meme temps par les galettes de riz ; je n'ai plus de céréales à moi par prévention alors je pique celles de mon frère. J'en suis réduite à devenir une voleuse, une voleuse de bouffe, pour soulager ce mal qui croît en moi. Et je me sens mal, et quelqu'un rentre dans la cuisine alors je cache tout, je fais comme si tout allait bien, mais je sais, je sais qu'on m'a cernée, je sais qu'ils pensent "boulimie", impuissants, et moi, honteuse, tout le monde se fait victime de Mia, tout le monde s'enferme dans une gène, alors je sors piquer un des bonbons que j'ai offerts à mes parents en rentrant de vacances, je prépare des réserves de bouffe que je vais enfouir sous mon T-shirt jusqu'à ma chambre où je vais trembler de douleur, pleine de douleur. J'ai honte, j'ai mal, je me fais engueuler par la voix d'"Ana", je les entends, ces alliens, je pense à ma famille, à mes amis, au passé, au présent, au futur que je ne conçois pas, j'ai trop mal, j'ai mal, alors je bouffe, je bouffe pour oublier...


Vient le moment où ce "vide" à combler se transforme en la conscience, la conscience d'être pleine, pleine comme une vache, le moment où la douleur se fait atroce, le moment pulsionnel où je vais m'enfermer dans la salle de bain, commencer la mutilation des vomissements, à l'aide ce "ces doigts que j'inspire"... Vomir à en saigner, à en avoir la gorge en feu, à avoir un goût acide qui t'en détruirait toutes les dents, à avoir mal aux joues ; à gonfler, gonfler, gonfler ; à savoir que tu n'as perdu que la moitié de ce que tu as ingurgité ; vomir pour gommer ces erreurs qui sont trop marquées... Avoir la tête qui tourne, les yeux gonflés ; le visage rouge à en effrayer un monstre ; les cheveux en bataille, le nez plein à devoir se moucher tout le temps ; être ailleurs, perché, incapable de faire le moindre mouvement, conscient que "tu ne pourras pas vomir plus" ; sale, sale, alors je me lave, je me lave mais je demeure sale, c'est en dessous de ma peau ; j'ai perdu deux heures de ma vie pour ça, pour me sentir sale et encore plus mal qu'au moment initial de la crise : consciente que c'est pas avec ça que j'atteindrai mon corps de rêve, je vais m'habiller, me passer un coup d'eau froide sur la face, me coiffer, regarder dans la glace quel sourire forcé sera le plus crédible, et préparer ma journée/soirée.
Cinq minutes après on m'entendra dire " Oui et toi ? :)"...



A voice said : "You're not alone in the fight"
# Posté le mercredi 06 février 2008 07:40
Modifié le mercredi 06 février 2008 07:51